Bordeaux, cœur de Métropole/notre analyse



Durant de nombreuses années, nous avons eu le sentiment la ville se développait, s’embellissait, se réveillait et s’animait. Ce n’est plus le cas depuis quelques temps. Nous avons le sentiment qu’elle nous échappe, que les tracas l’emportent sur les nombreux aspects positifs. Que beaucoup en sont même chassés. À cela s’ajoute les urgences climatique et sociale.

Le contexte politique est lui aussi particulier. Alain Juppé, qui a façonné notre ville durant un quart de siècle est parti au Conseil constitutionnel. Les appareils politiques ne signifient plus grand-chose. Et surtout, avec la mise en place de la métropole de Bordeaux en 2016, de très nombreuses compétences de la ville y ont été transférées et que plus d’un tiers des agents municipaux sont devenus des agents métropolitains. L’eau, la voirie, les transports collectifs, l’urbanisme, le logement, la propreté, les espaces verts, l’enseignement supérieur, la politique de la ville dépendent aujourd’hui de Bordeaux Métropole. Bref, tout notre quotidien, que nous soyons jeunes ou plus âgés, habitions la Bastide, Caudéran, Bacalan ou Belcier, actifs ou en recherche d’emploi, présents depuis des générations ou néo-bordelais.

Il n’est donc pas possible d’aborder ces élections comme les précédentes, de faire une campagne municipale à l’ancienne et de ne pas aborder franchement ce que nous voulons faire de notre ville et de notre métropole. Tout est désormais imbriqué, intriqué et il faut que les citoyens y aient toute leur place. Que vous y ayez votre place. Et même plus que cela.

Il faut donc pour les années à venir une vision, mais aussi une capacité à faire et une faculté à entraîner.

Notre vision est simple. Il n’est pas question que Bordeaux devienne une sorte de 21e arrondissement de Paris. Il n’est pas non plus question de s’assoupir, de juste gérer ou tout stopper. Il n’est pas question non plus de rater le tournant qu’on a devant nous. Cela nous est déjà arrivé. Les années 1970 ont été florissantes. L’audace, la modernité étaient partout. Mais notre ville n’a pas su faire les bons choix au moment de la décentralisation. Non, nous avons toutes les cartes en main pour inventer la métropole vivable de demain.

Pour cela, il nous faut rééquilibrer territorialement, maintenir une réelle ambition adaptée à nos atouts et aux nouveaux secteurs et manière de vivre et enfin et surtout résoudre les problèmes du quotidien que sont le logement, la mobilité et l’environnement.

Rééquilibrer.
Ce n’est pas par hasard si c’est à Bordeaux que le mouvement des gilets jaunes a été le plus fort. La cassure est extrême entre une ville centre, une métropole qui vont bien et des territoires périphériques avec plus de difficultés, moins d’emplois, de services publics. Il va falloir créer un nouvel équilibre territorial. Apprendre à donner, partager. C’est un impératif moral et une nécessité en matière de développement. Il nous faut réinventer les filleules de Bordeaux, celles du XXIe siècle : Blaye, Libourne, Castelnau, Pauillac, Sainte-Foy… Ce rééquilibre entre la métropole et la ville devra aussi se faire à l’intérieur des quartiers de Bordeaux. Bien sûr en s’attachant aux quartiers périphériques comme les Aubiers, Bacalan, la Benauge qui ont été laissés trop à l’écart. Mais aussi avec Caudéran, véritable ville dans la ville et qui est à l’aube de changements démographiques importants. Avec bien sûr, toujours, une attention aux populations les plus fragiles.

Maintenir un degré d’ambition.
Pendant des années, nous nous sommes battus pour hisser notre ville et notre métropole sur les différents podiums. C’est un atout auquel il ne faut pas renoncer. Mais, il ne faut pas se tromper sur les enjeux de demain. Ils sont pour moi centrés sur les infrastructures du futur et surtout sur un nouvel horizon entrepreneurial. Par-delà le vin et le tourisme, nous avons su utiliser successivement les leviers de l’aéronautique, puis de numérique. Je vous propose d’aller vers ce que certains qualifient d’économie du bonheur. Elle englobe l’économie sociale et solidaire, la question du bien-être, les circuits courts… Il nous faut capitaliser sur la bioéconomie pour faire de Bordeaux métropole un pôle d’excellence sur les biomatériaux, la chimie du végétal et ce en s’appuyant sur les dynamiques déjà présentes : le pôle de compétitivité Xylofutur, l’IRSTEA, Aquitaine Chimie Durable, Institut européen de Chimie et de Biologie (IECB), Fermentalg + secteur de la nutrition et la santé : Caudalie, Fluofarma… Les domaines concernés incluent la biomasse du bois, déchets organiques, effluents urbains, microalgues, recyclage et valorisation des biomatériaux et bioplastiques… Il faudra nous appuyer sur le capital « Nature & santé » et « épicurien » de Bordeaux pour mettre en perspective ces filières…